Alechinsky, Pierre : Al Alimon

Couleur, 18’, 2006
Réalisation : Coline Beuvelet
Images : Karine Dusfour, Coline Beuvelet
Montage : Juliette Gilot
Banc-titre : Jean-Noël Delamarre
Production : Les films du poulpe
Pays : France

« Al Alimon » désigne, dans la tauromachie, une corrida à deux matadors. C’est à cette sorte de duel pictural que le peintre mexicain Alberto Gironella a convié Pierre Alechinsky sur la toile qui, non sans humour on l’imagine, va remplacer la bête. Tandis que Gironella s’empare du centre, Alechinsky construit, lui, la matière environnante dans ses fameuses « remarques marginales ». Au milieu de la toile, les traits à l’encre du peintre mexicain font danser le torero au cœur de l’arène, tandis qu’Alechinsky dialogue ou rebondit, encercle ou scénarise les contours, les bords, les gradins de la scène dans 12 tableaux, tous construis de la même manière. De la scénographie propre à la corrida, entre mouvement et immobilité, centre et circonférence, noir de la mort et rouge du sang, les deux hommes ont fait la matière de leurs toiles, peintes ensemble dans l’énergie d’un travail créatif au sein du même atelier, celui de Gironella, au Mexique.
Coline Beuvelet s’empare, avec un évident plaisir, de ce jeu entre peintres pour construire à son tour un dialogue entre les œuvres et la tauromachie. En alternance, les images tantôt vives, tantôt ralenties ou presque immobiles d’une corrida viennent répondre aux toiles, à leurs détails, à leurs couleurs. La musique propre au rituel tauromachique glisse des unes aux autres, les liant et les encerclant dans la même émotion. Le montage alerte et souvent très découpé tresse ainsi les rimes visuelles et symboliques. Pierre Alechinsky, lui, face caméra, raconte cette expérience. Sa parole est un moment d’écoute et de repos, en plan fixe qui vient expliciter le travail des deux peintres. Quelques images d’archives offrent quelques apparitions de Gironella au travail, sorte de contre-champ qui continue à alimenter le duo. Des gestes du torero aux figures de la mort peints par Alechinsky, du duel de l’homme et la bête aux tonalités sombres et menaçantes des toiles, Coline Beuvelet, sur un rythme enlevé, fait entrer ses images dans la danse de ce dialogue multiple, où le rituel discute avec la peinture, et tous deux rebondissent en cinéma.

Pierre Alechinsky
Peintre, calligraphe et écrivain belge né en 1927. S’il fait des études de typographe, l’important pour sa formation sont "les lectures et les vadrouilles" et, l’essentiel, sa rencontre, en 1949, avec Christian Dotremont et le groupe CoBrA. Après la dispersion du groupe, il part à Paris. Il y rencontre Giacometti et Breton, entre dans divers "salons" (octobre, mai), part au Japon, en Norvège, en Laponie, installe un atelier à New York et en Provence, est exposé dans le monde entier et au Guggenheim en particulier, accumule le travail, les prix, les illustrations, les textes.

Alberto Gironella (1929-1999)
Mexicain, de père catalan, Alberto Gironella a d’abord voulu écrire avant de tourner la page de la littérature et de la poésie pour se consacrer à la peinture. Sans doute est ce grâce à cet amour des lettres qu’il est le seul peintre mexicain à avoir réellement pris part à l’aventure surréaliste en participant, en 1965, à l’exposition surréaliste, « L’Ecart absolu » et en nouant des liens d’amitié et de collaboration avec le groupe. Rangé parmi le mouvement mexicain de « la rupture », Gironella réalise des œuvres très particulières, collages d’objets ou fragments familiers mêlés de morceaux de peinture, qui s’apparentent au techniques du pop’art dans les rangs duquel le classent beaucoup de critiques. Mais la poésie et l’humour noir ne sont jamais loin chez Gironella et « dans son œuvre », écrit le poète mexicain Octavio Paz, « l’imagination est la faculté qui fait communiquer la poésie et la peinture, pas seulement comme un pont qui unit deux rives, mais comme une étreinte qui serait un combat ».

Coline Beuvelet
Monteuse de formation, Coline Beuvelet travaille sur des documentaires comme sur des fictions. Elle a aussi réalisé plusieurs films et notamment dans le cadre d’un atelier de réalisation aux Ateliers Varan en 2002 (Tuba ou 17 minutes de flottements). Al Alimon est son second film. En 2015, elle a participé au film sur l’acteur Robin Renucci avec Blandine Armand.