Kinshasa Beta Mbonda

Un film de Marie-Françoise Plissart (2019, 52′)

À Kinshasa, une dizaine d’an­ciens membres de gangs vio­lents ont for­mé un groupe de per­cus­sion­nistes, les Beta Mbonda. Ils jouent avec tout ce qui leur tombe sous la main et construisent entre eux une nou­velle fraternité.
Comme un écho à ses tra­vaux pho­to­gra­phiques réa­li­sés depuis de nom­breuses années en République Démocratique du Congo, Marie-Françoise Plissart signe un docu­men­taire à la fois vital et contem­pla­tif sur un dou­zaine d’an­ciens Kulunas, des délin­quants issus de gangs cri­mi­nels ins­tru­men­ta­li­sés par le pou­voir poli­tique et édic­tant leur loi à la popu­la­tion locale. Devenus aujourd’­hui musi­ciens du groupe les Beta Mbonda, ces gar­çons ont trans­for­mé leurs vies par la musique et ain­si scel­lé leur ami­tié. Entre petits bou­lots et impro­vi­sa­tions musi­cales, ils inventent des rythmes et chantent les dif­fi­cul­tés de la vie quo­ti­dienne avec un esprit de jeu aux appa­rences légères. Tel un chœur grec, à par­tir d’instruments tra­di­tion­nels ou d’objets banals, leurs chants résonnent dans l’espace de Kinshasa et se font l’écho d’une ville-Monde à la dérive. La réa­li­sa­trice offre des plans larges, des moments de rêve­ries aux sons des tam­bours, des petites scènes théâ­tra­li­sées qui apportent un déca­lage heu­reux face à la vio­lence socio-éco­no­mique décrite dans les chan­sons. Elle se tient à contre-cou­rant du cli­ché habi­tuel consis­tant à fil­mer Kinshasa à toute allure et dans le chaos. Sans aucun misé­ra­bi­lisme ni pathos, elle construit son film comme une sculp­ture qui racon­te­rait, par l’évidence de sa forme, la néces­si­té de construire ensemble, de prendre pos­ses­sion d’un espace et d’un temps qui devraient nous appar­te­nir. Un film inclas­sable, qui cha­loupe entre docu­men­taire et fic­tion, à l’endroit juste où le plai­sir de jouer rebon­dit sur celui de l’enregistrer.

 

Terres Barcelo

Un film de Christian Tran (2018, 75′)

En 2016, deux ins­ti­tu­tions pari­siennes, le musée Picasso et la Bibliothèque natio­nale de France (BNF), ont offert à l’artiste espa­gnol contem­po­rain Miquel Barceló un ter­rain de jeu à sa mesure ou plus exac­te­ment à sa démesure.

Le Musée Picasso lui a pro­po­sé son sous-sol dans lequel l’ar­tiste a déci­dé d’é­ri­ger un mur inti­tu­lé « le grand mur de têtes », une grande construc­tion tenue par un tor­chis archaïque qui se veut comme une suite d’au­to­por­traits. Une œuvre pleine de trous, qui laisse pas­ser l’air et la lumière et aspire à une cer­taine forme de légè­re­té. À la BNF, l’artiste a inves­ti les parois vitrées de plus de 1000 m² et exé­cute une fresque éphé­mère tra­cée avec les doigts et des outils pri­mi­tifs dans de l’argile mouillée. Émerge alors tout un monde de terre et de lumière peu­plé du motif ani­mal, sai­si par une puis­sante force organique.

Le réa­li­sa­teur Christian Tran a pas­sé de longs moments auprès de l’artiste au tra­vail, cap­tant en même temps que ses gestes fas­ci­nants, des pro­pos à la fois lumi­neux et éru­dits sur l’art en géné­ral… ce qui ne l’empêche nul­le­ment d’écouter des matchs de foot lorsqu’il tra­vaille. Outre le pro­ces­sus créa­tif de ces deux œuvres monu­men­tales, le film nous offre éga­le­ment l’opportunité de visi­ter, tou­jours aux côtés de l’artiste, la cathé­drale de Palma de Majorque dans laquelle Miquel Barceló a éri­gé, entre 2001 et 2006, 300 m² de céra­miques en relief, repré­sen­tant la para­bole de la mul­ti­pli­ca­tion des pains et des pois­sons et qui a créée la polé­mique. Mais c’est sur­tout la des­cente dans la grotte Chauvet et les com­men­taires de l’artiste sur les des­sins parié­taux qui consti­tue le point d’orgue du docu­men­taire et que nous éclaire de façon spec­ta­cu­laire sur son tra­vail. Gratter, grif­fer, creu­ser, tri­tu­rer, tra­cer, tout le tra­vail de Barceló tient à la fois de l’art brut, du rituel, de la transe païenne ou sacrée. Et en reve­nant sans cesse sur deux de ses per­for­mances (Paso Doble à Avignon et L’image fan­tôme à Salamanque) Christian Tran ins­taure aus­si à sa manière une sorte de rituel, un bal­let autour d’un artiste hors norme. 

Le Cubisme

Une grande tra­ver­sée du cubisme, de ses ori­gines jusqu’à sa bana­li­sa­tion à l’Exposition inter­na­tio­nale des Arts déco­ra­tifs de 1925, en pas­sant par les peintres, les tableaux majeurs, les lieux, les événements…

Le cubisme a cer­tai­ne­ment été la plus impor­tante révo­lu­tion plas­tique du XXe siècle pro­po­sée sur la sur­face plane d’un tableau. Le film est un voyage à vive allure à tra­vers ce mou­ve­ment, depuis ses ori­gines (Paul Cézanne, “l’art nègre”, l’art des Cyclades) jusqu’à sa bana­li­sa­tion à l’Exposition inter­na­tio­nale des Arts déco­ra­tifs de 1925 en pas­sant par les tableaux et les peintres majeurs : Pablo Picasso, Georges Braque, Juan Gris, Marcel Duchamp, Fernand Léger, etc. Le film ne s’en tient pas aux artistes mais aborde éga­le­ment le contexte envi­ron­nant avec le mar­chand Daniel-Henry Kahnweiler, les lieux (Le Bateau Lavoir, La Ruche), les évé­ne­ments (la repré­sen­ta­tion du bal­let ‘Parade’ d’Éric Satie ima­gi­né par Jean Cocteau, avec des décors et cos­tumes signés Picasso). Cette matière très dense est por­tée par des inter­views d’historiens et de témoins, des bandes d’actualité, beau­coup de vues de Paris, des extraits de films sur les peintres et, évi­dem­ment, des tableaux. Le com­men­taire, truf­fé de cita­tions, est his­to­rique et informatif.<

Pol Bury – La poésie de la lenteur

Pol Bury, la poé­sie de la len­teur est un film riche d’images et de témoi­gnages, qui donne à sen­tir le tra­vail de cet artiste hors norme, pro­téi­forme, mais obsé­dé par une seule et même quête, celle de la per­cep­tion du temps. Cousu de mul­tiples entre­tiens avec celles et ceux qui lui furent proches (Pierre Alechinsky, André Balthazar, Velma Bury, Adrien Maeght), le film per­met de sai­sir le par­cours d’un artiste qui a tra­ver­sé trois mou­ve­ments artis­tiques fon­da­men­taux du 20e siècle en Belgique. D’abord, le sur­réa­lisme, après sa ren­contre très mar­quante avec Achille Chavée. Ensuite, CoBrA, mou­ve­ment auquel il par­ti­ci­pa acti­ve­ment au côté de Christian Dotremont. Enfin, la pata­phy­sique en fon­dant, avec André Balthazar, l’Académie de Montbliart et le Daily-Bul. Trois époques, trois mou­ve­ments tra­ver­sés par cet esprit irré­vé­ren­cieux, désin­volte et une quête infi­nie du renou­veau et d’af­fran­chis­se­ment de toutes les contraintes. En un mot, l’esprit Bul, qui comme le défi­nis­sait André Balthazar est “une façon de perdre l’équilibre (…), une façon d’en dire assez pour ne pas en dire trop.” Une défi­ni­tion prise à la lettre par le réa­li­sa­teur Arthur Ghenne qui insère aux témoi­gnages, les images des œuvres de Bury. Ces œuvres tra­versent par­fois les entre­tiens en sur­im­pres­sions ou en super­po­si­tions et livrent, sou­vent avec humour, les dif­fé­rentes évo­lu­tions et la quête d’un homme qui appa­raît, au fil du film, comme un génial facé­tieux. Scandé par des inter­views de l’artiste qui explique son tra­vail, ‘Pol Bury, la poé­sie de la len­teur’ est un docu­ment bour­ré d’informations, qui se per­met des clins d’œil pince sans rire (“à la Bury”), notam­ment quand il déforme un por­trait pour imi­ter ses ramol­lis­se­ments, intro­duit des caméos dans les images ou s’amuse à cadrer et déca­drer les œuvres en regard des témoignages.

Paul Delvaux, le somnambule de Saint-Idesbald

Un film de Adrian Maben (1986, 60′)

Adrian Maben suit le peintre belge Paul Delvaux dans ses dif­fé­rents lieux de vie et l’é­coute se racon­ter. Un por­trait dans lequel reviennent sans cesse les motifs de sa peinture.

Paul Delvaux raconte sa vie, ses sou­ve­nirs, parle de son tra­vail, des thèmes qui sont les siens, tous venus d’un détail auto­bio­gra­phique. Il peint les trains, les trams, les villes désertes, le per­son­nage savant sor­ti tout droit des édi­tions Hetzel, les sque­lettes qui, pour lui, ne sym­bo­lisent pas la mort mais dra­ma­tisent la vie, et des femmes belles, immo­biles et absentes. Son dis­cours est simple, tou­chant, lumi­neux. On le suit dans ses dif­fé­rentes mai­sons, de celle de sa grand-mère à la der­nière à Furnes, en pas­sant par la mai­son Périer qu’il a déco­rée. Traversent le film, sa femme Tam, Alain Robbe-Grillet qui vou­lait lui confier les décors de ‘L’année der­nière à Marienbad’, une jeune femme modèle qui parle de leur rap­port filial. Adrian Maben reste dans le repor­tage clas­sique : inter­views, extraits de films (Henri Storck, Jean Antoine, Georges Benedek), pré­sence de nom­breux tableaux et des­sins. Les images ne sont pas très ori­gi­nales, mais on apprend beau­coup de choses. Paul Delvaux est heu­reu­se­ment très pré­sent et on se rend compte de l’énorme force de tra­vail de ce vieux mon­sieur aux yeux bleus, qui peint et des­sine inlas­sa­ble­ment, et a une douce phi­lo­so­phie de la vie parce que sa vie a été douce.

Terres Barcelo

Un film de Christian Tran (2018, 75′)

En 2016, deux ins­ti­tu­tions pari­siennes, le musée Picasso et la Bibliothèque natio­nale de France (BNF), ont offert à l’artiste espa­gnol contem­po­rain Miquel Barceló un ter­rain de jeu à sa mesure ou plus exac­te­ment à sa démesure.

Le Musée Picasso lui a pro­po­sé son sous-sol dans lequel l’ar­tiste a déci­dé d’é­ri­ger un mur inti­tu­lé « le grand mur de têtes », une grande construc­tion tenue par un tor­chis archaïque qui se veut comme une suite d’au­to­por­traits. Une œuvre pleine de trous, qui laisse pas­ser l’air et la lumière et aspire à une cer­taine forme de légè­re­té. À la BNF, l’artiste a inves­ti les parois vitrées de plus de 1000 m² et exé­cute une fresque éphé­mère tra­cée avec les doigts et des outils pri­mi­tifs dans de l’argile mouillée. Émerge alors tout un monde de terre et de lumière peu­plé du motif ani­mal, sai­si par une puis­sante force organique.

Le réa­li­sa­teur Christian Tran a pas­sé de longs moments auprès de l’artiste au tra­vail, cap­tant en même temps que ses gestes fas­ci­nants, des pro­pos à la fois lumi­neux et éru­dits sur l’art en géné­ral… ce qui ne l’empêche nul­le­ment d’écouter des matchs de foot lorsqu’il tra­vaille. Outre le pro­ces­sus créa­tif de ces deux œuvres monu­men­tales, le film nous offre éga­le­ment l’opportunité de visi­ter, tou­jours aux côtés de l’artiste, la cathé­drale de Palma de Majorque dans laquelle Miquel Barceló a éri­gé, entre 2001 et 2006, 300 m² de céra­miques en relief, repré­sen­tant la para­bole de la mul­ti­pli­ca­tion des pains et des pois­sons et qui a créée la polé­mique. Mais c’est sur­tout la des­cente dans la grotte Chauvet et les com­men­taires de l’artiste sur les des­sins parié­taux qui consti­tue le point d’orgue du docu­men­taire et que nous éclaire de façon spec­ta­cu­laire sur son tra­vail. Gratter, grif­fer, creu­ser, tri­tu­rer, tra­cer, tout le tra­vail de Barceló tient à la fois de l’art brut, du rituel, de la transe païenne ou sacrée. Et en reve­nant sans cesse sur deux de ses per­for­mances (Paso Doble à Avignon et L’image fan­tôme à Salamanque) Christian Tran ins­taure aus­si à sa manière une sorte de rituel, un bal­let autour d’un artiste hors norme. 

Akeji, le souffle de la montagne

Un film de Mélanie Schaan et Corentin Leconte (2020, 72′)

Dans la val­lée d’Himuro, au Japon, se niche un ermi­tage au toit d’herbe. Saison après sai­son, Maître Akeji et sa femme Asako vivent entou­rés de la nature, des esprits, du souffle du vent et de l’inspriration. 

Maître Akeji et Asako habitent à Himuro, un hameau recu­lé accro­ché aux flancs du Kurama Yama, dans un ancien refuge fores­tier où les bûche­rons venaient autre­fois s’abriter. Ensemble depuis ce qui semble une eter­ni­té, ils mènent une vie reti­rée et presque tota­le­ment autar­cique. Pourtant, Maître Akeji est un cal­li­graphe avant-gar­diste recon­nu dans le monde entier. Issu d’une lignée de samou­raï, il est un ini­tié de la « voie du pin­ceau » et du Zen. Avec une déli­ca­tesse infi­nie, les cinéastes suivent cette vie simple au fil des sai­sons. Cueillir des baies et des écorces, éla­bo­rer des pig­ments, pré­pa­rer la céré­mo­nie du thé, obser­ver le vent, pra­ti­quer des exer­cices de sabre. Les cal­li­gra­phies que l’on ne fait qu’a­per­ce­voir dans le film et qui pour­raient paraître secon­daires sont en fait le reflet exact ou mieux encore le résul­tat de cha­cun des gestes posés dans le quo­ti­dien. Et tout devient alors sacré, comme sus­pen­du par un souffle d’une poé­sie rare dans laquelle se réin­vente un rap­port à l’espace, au temps, à l’ombre et au vide. 

Phèdre ou l’explosion des corps confinés

Un film de Méryl Fortnuat Rossi (2021, 67′)

Faire, défaire, refaire, c’est le tra­vail nor­mal des comé­diens et comé­diennes. Mais lors­qu’une mala­die invi­sible vient détruire sans cesse le tra­vail, com­ment conti­nuer à créer ensemble ? Et pourquoi ?

Ils sont comé­diens et comé­diennes, dan­seurs, dan­seuses et cho­ré­graphes, elle est met­teuse en scène. Dans une salle de répé­ti­tion, ces artistes tra­vaillent sur la tra­gé­die Phèdre, écrite par Jean Racine en 1677, et qui devrait être mon­trée au Théâtre des Martyrs, à Bruxelles. Sauf que… nous sommes en mars 2021. Ils sont comé­diens et comé­diennes, dan­seurs, dan­seuses et cho­ré­graphe, elle est met­teuse en scène. Ensemble, ces artistes essaient de mon­ter Phèdre, une pièce sur un mal invi­sible… Au gré des confi­ne­ments, décon­fi­ne­ments, ouver­ture, annu­la­tion, espoir, avis diver­gents, les artistes aux nerfs de plus en plus éprou­vés se retrouvent ensemble autour d’un pro­jet qui, peu à peu, semble leur échap­per. Dans un monde qui, déjà, a per­du ses cou­leurs, il va être ques­tion de mettre en mots, en corps, en espace et en voix, toutes les blessures.

Les femmes préfèrent en rire

Un film de Marie Mandy (2021, 52′)

Le fémi­nisme a‑t-il besoin du rire pour se pro­pa­ger ? C’est ce que pense une nou­velle géné­ra­tion de femmes humo­ristes. Elles reven­diquent, grâce à l’humour, un fémi­nisme salu­taire et apai­sé, bien­ve­nu après la vague #MeToo. Effrontées et prô­nant leur fémi­ni­té, elles parlent d’elles, de leurs com­bats et de leur vision poli­tique dans l’espoir de faire évo­luer les men­ta­li­tés. Depuis quelques années, les femmes humo­ristes et les stand-upeuses se bous­culent sur les pla­teaux. Mordantes, inso­lentes, le regard aigui­sé, elles déploient leurs armes de déri­sion mas­sive. Assumées, et en par­tie issues de la diver­si­té, elles insufflent un vent nou­veau dans le milieu du one(wo)men-show. Elles n’épargnent rien ni per­sonne, et abordent avec une légè­re­té déjan­tée des sujets encore tabous. Violences conju­gales, sexisme, har­cè­le­ment, consen­te­ment, rap­ports sexuels, règles, patriar­cat, inceste, port du voile, reli­gion, mater­ni­té … Tout y passe. Partant de leur vécu (règle d’or du stand-up : tout doit être vrai – ou presque) elles ali­mentent une impro­bable liai­son entre fémi­nisme et humour, et inversement.

La Vénerie et le Centre du Film sur l’Art ont déci­dé de mettre à l’honneur des femmes artistes, devant et der­rière la camé­ra. Cinq réa­li­sa­trices talen­tueuses vont nous emme­ner à tra­vers leurs films docu­men­taires à la ren­contre d’artistes et de per­son­na­li­tés remar­quables. Les Mardis de l’Art vous invitent à entrer dans leur uni­vers. Leur objec­tif com­mun ? Changer notre regard sur le monde et sur l’art. Leurs armes ? Une camé­ra (Delphine et Carole, les insou­muses et Marceline, une femme, un siècle), l’humour (Les femmes pré­fèrent en rire), la méta­mor­phose (The Ballad of Genesis and Lady Jaye) et l’amour du beau (Cezanne).