Carpaccio,Vittore : La leggenda Di Sant’Orsola - Luciano Emmer

Noir et Blanc, 9’, 1948
Réalisation : Luciano Emmer & Enrico Gras
Commentaire version italienne : texte de Diego Fabbri dit par Gino Cervi 
Commentaire version française : texte et voix de Jean Cocteau
Photographie : Mario Craveri
Montage : Vittorio Carpignano
Musique : Roman Vlad
Production : Panda Film / Salvo d’Angelo

La légende de Sainte Ursule est un cycle de neuf tableaux peints entre 1490 et 1495 par Vittore Carpaccio, qui se trouvent aujourd’hui au Musée de l’Académie à Venise. Ils relatent, en le transposant dans le Venise du 15e siècle, le martyre d’Ursule, fille du roi de Bretagne et fiancée au fils du roi d’Angleterre. Le Pape demande à Ursule de se rendre à Cologne, accompagnée de 10 000 vierges, pour protéger la ville des Huns. Ceux-ci massacrent Ursule et les vierges.
Par immersion dans les tableaux de Carpaccio, Luciano Emmer et Enrico Gras proposent le récit chronologique de la légende, accompagné par la musique originale de Roman Vlad.
Ce film fait partie d’une série de trois films sur Venise commandés à Luciano Emmer par Salvo d’Angelo, un excentrique producteur italien. Les deux autres sont Isole nella laguna et Romantici a Venezia. Emmer retrouve ainsi la ville de son enfance qu’il avait quittée à l’adolescence et dans laquelle il n’était jamais revenu.
Une première version italienne de ces films fut réalisée avec le texte de Diego Fabbri et la voix de Gino Cervi. La version française fut ensuite conçue par Jean Cocteau qui écrivit un long texte pour La légende de Sainte Ursule et pour Venise et ses amants. Il tint à les enregistrer lui-même. Pour Sainte Ursule, voici ce qu’en dit Luciano Emmer : « Il accompagnait les images par la colonne musicale de sa voix d’hypnotiseur plus que par un commentaire parlé. Il était tellement envahi par le torrent des mots provoqués par ces images que sa voix commentait la pellicule noire encore longtemps après le mot fin. » La version avec la voix de Jean Cocteau est bien sûr moins conventionnelle que la version italienne qui ne plaisait pas à Luciano Emmer : « Je n’ai jamais apprécié le commentaire des trois court-métrages : la seule obligation que j’ai dû accepter de la part du producteur fut un texte mielleux et pseudo-romantique qui faussait les images en leur donnant des contenus que je n’avais pas voulu exprimer. Heureusement, mon Paris bien-aimé est venu à mon secours. »

Luciano Emmer (1918-2009)
Auteur de nombreux documentaires sur l’art dont il fut un pionnier dès le début des années 40, Luciano Emmer est aussi le réalisateur de films de fictions à partir de 1950. Ses collaborations avec les plus grandes signatures du cinéma italien (Sergio Amidéi, Pier Paolo Pasolini), ses rencontres décisives (Henri Langlois, Jean Cocteau, Pablo Picasso), ses audaces (il est l’inventeur de la publicité télévisée en Italie), sa grande culture, en font un cinéaste atypique et rendent son témoignage d’autant plus précieux que le succès l’a souvent fui et qu’il reste méconnu.